L’histoire de la famille Bourdillon est profondément ancrée dans le Nivernais.
Ses origines dans cette région remontent à plusieurs siècles.
Dès le XIe siècle, une famille appelée « des Bordes » était établie au lieu-dit
Les Bordes, dans la paroisse d’Urzy, près de Nevers. C’est cette famille qui fit
construire le château qui porte encore aujourd’hui son nom.
À la fin du XIVe siècle, Imbert de La Platière, issu d’une famille originaire
d’Arbois, épousa Péronnelle des Bordes. À la suite du décès de l’oncle de
celle-ci, Jehan, elle hérita tant du château que du nom de famille. Les
seigneurs de La Platière devinrent ainsi également seigneurs des Bordes et
s’installèrent dans le château.
C’est au XVIe siècle qu’apparaît pour la première fois le patronyme Bourdillon
(parfois orthographié « Bordillon »). Ce nom peut être interprété comme
signifiant « petite Borde », un diminutif vraisemblablement utilisé pour
distinguer les membres les plus jeunes de la famille.
Bien des siècles et de nombreux périples plus tard, la famille allait renouer
avec le Nivernais.
En 1927, Charles Bourdillon, né à Marseille en 1891, s’établit à Nevers pour y
exercer la médecine. Il y demeura jusqu’à sa disparition en 1963. Durant ces
trente-six années, il joua un rôle significatif dans la vie de la cité,
notamment en contribuant au développement de son établissement hospitalier et en
prenant part à l’histoire de la Résistance locale durant la Seconde Guerre
mondiale.
Son existence constitue ainsi un nouveau chapitre dans la longue histoire de la
famille Bourdillon et de ses liens avec le Nivernais.
Sa femme et ses enfants
Charles s'est mariée avec
Marie Provost.
Elle était infirmière à la Salpêtrière
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Ils ont eu trois enfants :
Jacques Bourdillon, polytechnicien, reçu dans la même
promotion que Francis de la branche cadette ;
Madeleine, médecin
neuro-psychiatre et Monique qui a fait l'école supérieure des arts décoratifs.
La médecine
Fils et neveu de médecins
(il sera aussi père, grand-père et arrière-grand-père de médecins), il
entreprend ses études de médecine, elles seront interrompues par la grande
guerre de 1914/1918 qu'il fera dans le service de santé. Sa conduite courageuse
sur le front lui vaudra d'être décoré de la croix de guerre.
Interne des hôpitaux de Paris, il est l'élève de Touraine et de Babinski qui
patronne sa thèse, "la craniectomie décompressive". Ayant épousé une nivernaise
en 1924, il s'installe à Nevers en 1927, en libéral avec une double spécialités
: la neurologie et la dermatologie. De ce fait il est fréquemment appelé en
consultation par ses confrères de la campagne et des villes moyennes du
département, désireux de recueillir ses conseils sur les cas les plus
difficiles, il sillonne donc les routes de la Nièvre.

Charles Bourdillon, Interne à Cochin 1922 (troisième ligne, 2ème à partir de la
droite)
Résistant
1940 - Après la débâcle des armées françaises, il entend le 17 juin le message
du Maréchal Pétain et le 18 juin l'appel du Général de Gaulle et sans aucune
hésitation, dès le premier jour il choisit de Gaulle. Nevers est occupée par
l'armée allemande. Charles affirme aussitôt son hostilité au régime de Vichy qui
prône la collaboration et met ses espoirs dans la victoire des alliés et de la
France Libre. Le moment venu, il va s'engager avec Marius Durbet (futur maire de
Nevers) dans la Résistance Nivernaise (service de santé) sous la bannière de
Pasteur Valléry Radot et de Paul Milliez, avec comme principal objectif de
ravitailler les maquis en médicaments. Les deux principaux maquis de la Nièvre
sont : les FFI dirigés par le colonel Roche, et les FTPF dirigés par monsieur de
Champeaux et Roland Champenier
Dans le même temps il exerce toujours les fonctions de médecin de l'hôpital et
de la prison départementale…, ce qui lui permet de constater que les médecins de
l'armée allemande en service à l'hôpital, qu'il fréquente quotidiennement Hail
et Keuzer sont profondément antinazis, et tentent de montrer aux Français qu'ils
fréquentent le véritable caractère du nazisme…, ce qui va lui donner en 1943
l'occasion d'intervenir de façon efficace : pour tenter de s'opposer aux
tortures pratiquées par la police de Vichy contre une dizaine de détenus
résistants et ensuite pour organiser leur évasion.
1943 - Le gouvernement de Vichy a installé à Dijon un "service de répression des
menées antinationales" dirigé par le Commissaire Fourcade. Celui-ci envoie le
1/10/1943 à Nevers une petite brigade de répression sous l'autorité de
l'inspecteur Dumontel, assisté de MM Grimbaire, Berriot, Lebritz, Marais et
Kohler. Cette brigade procède à l'arrestation d'un certain nombre de résistants
: MM Robert Genet, Georges Leblond, Marcel Raveau, Georges Séverin, Henri
Bussières, René Lepetit, Roger Beauger, qui sont incarcérés puis torturés à
l'École Normale.
Charles Bourdillon, médecin de la prison et de l'hôpital de Nevers, constate ces
exactions puis tente de s'opposer aux tortures. Il juge nécessaire d'alerter M
Tardivat, substitut du Procureur de la République. En vue d'une concertation
préalable, il le rencontre à son domicile 9 rue de la Chaussade, puis décide
d'hospitaliser les victimes et de demander un rendez vous au préfet Dramard qui
le reçoit en présence de l'inspecteur Dumontel et du substitut. Cet entretien
lui permet d'élever une vigoureuse protestation contre les tortures. Le Préfet
choisit de s'étonner, l'Inspecteur Dumontel choisit de s'indigner… que l'on
puisse critiquer leurs méthodes de lutte contre le terrorisme.
Tirant les conséquences de l'échec de cet entretien, Charles Bourdillon décide
d'adresser au Préfet de la Nièvre et au Maire de Nevers (qui est en même temps
Président de la Commission Administrative de l'Hôpital) une solennelle
protestation.
Apprenant que l'inspecteur Dumontel veut réincarcérer Leblond, Charles
Bourdillon fait un faux diagnostic d'appendicite. Leblond sera opéré par le
docteur Duncombe. Le 6 novembre 1943, six résistants hospitalisés, dont Leblond
s'évadent de l'hôpital. Aussitôt révoqué par le préfet Dramard, le docteur
Charles Bourdillon abandonne ses fonctions de médecin de l'hôpital et de médecin
de la prison.
1944 - Beaucoup plus tard (mai 1944), Charles sera longuement interrogé
par le capitaine Mohr (Gestapo de la rue Jeanne d'Arc), et ressortira libre de
cet interrogatoire. Apparemment selon M Salauze, Directeur Départemental de la
Santé son dossier n'était pas encore parvenu de Dijon à Nevers…
Encore plus tard, peu de temps avant la Libération il sera réintégré dans ses
fonctions par de Beaumais le dernier préfet de Vichy (1/06/1944).
Au cours de ce premier semestre 1944, la nervosité de l'armée allemande est à
son comble : accrochages avec les maquis, massacres (Druy Parigny),
incarcération et assassinats de médecins résistants : Fanjoux de Cercy la Tour
et Lévêque de Jouet sur l'Aubois sont jetés en prison, Hélion de Saint Saulge,
et Dollé de Luzy sont assassinés. Quelques jours après le bombardement de Nevers
par l'aviation alliée (16-07) et avant leur départ définitif (6-09), les
allemands font sauter le viaduc de chemin de fer (3-09).
Arrive la Libération ! A l'administration de Vichy se substitue celle du
Gouvernement provisoire. Le nouveau préfet de la Nièvre sera M Jacquin, les
maires de Nevers issus de la résistance seront : Léon Sainson, puis Marcel
Barbot, puis Marius Durbet. Le procès de la Spac aura lieu le 26 02 45
(témoignages de Marlin et de Bourdillon) : Fourcade et Dumontel seront condamnés
à mort.
Ce
texte est extrait d’une communication de Jacques Bourdillon, fils aînée de
Charles, à la société nivernaise des lettres, sciences et arts (an 2 000).
Peintre
Charles aimait peindre. Il avait beaucoup de talents. Il a peint des vues de
Nevers et du Praz et de Saint Bon.
Tableaux de Charles Bourdillon - Collections particulières
L’amour de la montagne
Charles Bourdillon aimait passé ses vacances au Praz de Saint Bon en Tarentaise
où son père François Charles et son oncle Jules Bourdillon avaient construit
chacun une maison. Il construira la sienne : Les Murgers
Tous les ans l’ensemble de la famille venaient passé l’été au Praz de Saint-Bon

Photo de famille devant la Maison blanche (Les Fresnes)
De gauche à droite :Juliette, André, Charles, Gabrielle (Bébelle), Léonie Borde,
Germain, Edouard / Marie Provost (Gros
Maman) / Félia Borde
Jean et Jacqueline de Coppens, Yvonne (Tyvonne), Hélène (Talène), Madeleine
(Ninou)
Enfants : Philippine et Rémi Borde
Epilogue
Charles Bourdillon est nommé, le 16 septembre 1946, Vice-Président de la
Commission Administrative de l'Hôpital. Il occupera ce poste pendant 14 ans.
René Marlin, Directeur de l'Hôpital de 1939 à 1964 devient l'un de ses meilleurs
amis.
Ses confrères qui lui font confiance le portent le moment venu à la Présidence
pour la Nièvre du Conseil de l'Ordre des Médecins, et du Syndicat des Médecins.
Il reçoit en 1953 la croix de chevalier de la santé publique puis en 1959 la
légion d'honneur.
Le maire de Nevers M. Dubost dans son discours rappelle ses faits de
résistance. Le directeur du centre hospitalier M. Marlin souligne sesqualités de
médecin et son dévouement.
Charles sera le premier président du MRP pour la Nièvre. Jusqu'à sa mort, en
1963, il militera pour la liberté dans le cadre des valeurs de la démocratie
chrétienne.

Charles Bourdillon
Charles décède le 2 janvier 1963 à Nevers.
Monique, sa fille, écrit à sa tante Hélène le 1er janvier témoignant des
symptômes de son père : un probable accident vasculaire cérébral.
La presse nivernaise lui a rendu hommage
